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Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre

Hannah Weissmann
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MessageSujet: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Jeu 30 Aoû - 1:42

Elle est stressée. La peur a prit possession de toutes les strates de son être, de son esprit, de tout son corps. Son cœur bat à une allure folle et elle ferme les yeux pour ne plus se laisser aveugler par les lumières trop vives de cette ambulance alors qu'à ses côtés, un homme en blouse s'occupe d'elle. Hannah ne sait pas trop ce qu'il fait, elle a la tête si douloureuse, si lourde. Une chute dans les escaliers, voilà qui ne pardonne pas mais elle est loin d'avoir peur pour elle. Ses pensées sont tournées vers le petit être qu'elle porte en elle, qui grandit, qui doit naître prochainement. Elle l'a dit, plusieurs fois, à cet homme. «Mon bébé, sauvez mon bébé.» Une supplique douloureuse. Sauver son bébé ? Et après, quand il sera né ? Le plus grand danger n'est-il pas tout simplement sous son toit ? Le danger, n'est-ce pas ce père qui pourrait s'en prendre à l'enfant ? Hannah se fait la promesse de partir pour Berlin, quand elle sortira de l'hôpital. Partir, sans se retourner. Du haut de ses presque vingt-neuf ans, elle se fait la promesse de faire son possible pour éloigner son bébé de ce fou.

Les lumières de l'ambulance dansent au-dessus de sa tête et Hannah a mal au crâne, vraiment. Rester consciente devient difficile, malgré les appels du médecin auprès d'elle. Ses paupières sont lourdes, si lourdes et son esprit est submergé de ses inquiétudes. Rester éveiller est si douloureux, si difficile. Elle perd connaissance après une ultime demande pour sauver son bébé, alors que le véhicule arrive en vu de l'hôpital. Sept mois de grossesse et une chute dans les escaliers. Rapidement on fait le nécessaire pour elle, on essaie tout du moins. C'est trop tard. Depuis l'ambulance, à la moitié du chemin. L'homme en blouse blanche n'a rien dit, considérant que la patiente n'était pas en état d'entendre ça.

Dans une chambre de l'hôpital, le petit jour s'est levé, inondant la pièce. Hannah s'éveille et sa tête est toujours douloureuse alors qu'elle plisse les yeux, sans comprendre où elle est dans un premier temps, jusqu'à ce que les souvenirs de la veille lui reviennent en mémoire. A ses pieds un énorme bouquet de fleurs semble lui tendre les bras. Elle discerne une carte, sans parvenir à la lire, mais elle sait que le bouquet est de son mari. Madame Kellerman sait qu'il a pour habitude d'essayer de se rattraper par des cadeaux, par des promesses qu'il ne recommencera plus jamais. Mais cette fois... elle pense à leur bébé, à cette chute dans les escaliers. Sa main trouve le bouton d'appel aux soignants et le geste lui est douloureux. Elle grimace en attendant qu'un membre du personnel se présente.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Ven 12 Oct - 23:00

Cela faisait trois mois à peine qu'elle arpentait les couloirs immaculés des urgences et qu'elle s'y sentait comme chez elle. Elle ne comptait déjà plus ses heures et on saluait déjà son empathie et son professionnalisme. Lorsqu'elle repensait au chemin parcouru, elle peinait à y croire. Voilà des mois de cela, elle était encore bien loin de ce rêve qui avait bien failli devenir inaccessible. Mais à présent toutes les épreuves traversées semblaient bien lointaines et elle s'en félicitait. Elle se trouvait à présent dans la salle réservée au personnel soignant alors qu'elle attaquait à peine sa journée. Elle réprima un bâillement tandis que se terminaient les transmissions avec l'équipe de nuit. Elle avait terminé tard la veille et avait de ce fait peu dormi. Ce qui lui arrivait assez fréquemment.

Elle venait de terminer de nouer ses cheveux quand la petite lumière rouge commença à clignoter, signifiant qu'un patient avait besoin d'aide. Lorsqu'elle aperçut le numéro de la chambre, son cœur manqua un battement. La jeune femme enceinte. Elle était arrivée la veille au soir, Hilde n'aurait pas du travailler et pourtant elle finissait tout juste son service quand elle fut admise aux urgences. Une malencontreuse chute dans les escaliers comme on en a sans doute tous déjà connu... Mais les conséquences de celle-ci se révélèrent bien plus tragiques. La jeune infirmière n'en sut pas plus au moment où elle quittait l'hôpital mais elle avait repris son service aux premières heures de l'aube ce jour-là et on l'informa de la terrible nouvelle. Le pire n'avait pu être évité, l'enfant n'avait pas survécu. Une boule s'était aussitôt formé dans l'estomac de la jeune femme quand ses collègues de nuit lui transmirent la nouvelle. Quelle horreur... Et à présent la malheureuse avait besoin d'aide. Évidemment, on avait dû la mettre au courant, un médecin était forcément passé. Et à présent elle devait être seule, seule avec son chagrin et le souvenir de ce petit être qui ne verrait jamais le jour. Hilde ne mit pas longtemps avant de décider de se rendre jusqu'à la chambre de Hannah Kellerman. Si on pouvait alléger son calvaire au moins un peu, elle se devait de répondre à cet appel. Alléger son calvaire... Douce utopie, elle en avait bien conscience.

« Madame...Kellerman ? » murmura-t-elle en lui adressant un large sourire tandis qu'elle passait la tête à travers la porte. « Vous avez besoin de quelque chose ? » Elle ne parvenait pas à détacher ses yeux de la silhouette au teint cadavérique qui lui faisait face, enfoncée dans son lit. Les mains tremblantes mais le sourire toujours sûr et sincère, elle avança. Perdre un enfant, il n'y avait rien de plus terrible sans aucun doute. La pauvre femme devait être anéantie et elle, elle n'avait rien d'autre que son sourire pour la soulager...
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Hannah Weissmann
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Sam 13 Oct - 2:09

Sa tête est lourde, sa tête lui fait mal. Hannah ne sait plus vraiment où elle est, où elle se trouve. Tout est flou. Tout se bouscule dans sa tête dans un brouhaha silencieux incessant. La jeune femme appelle à l'aide, en pressant ce bouton, quand elle comprend qu'elle est tout simplement à l'hôpital. Elle a besoin de voir quelqu'un, elle a besoin de comprendre, elle a besoin d'avoir des informations, quelqu'un à qui parler, quelqu'un qui la rassure, qui lui dise précisément ce qui est arrivé et que tout va bien se passer. Qui lui dise, aussi, où est son mari. Pourquoi l'homme n'est pas à son chevet alors qu'elle est enceinte, qu'elle attend, sinon le fruit de leur amour, au moins celui de leur union.

Une femme entre dans la salle. Elle est blonde, elle est belle, elle est jeune Trop jeune, peut-être, pour être déjà infirmière. La demoiselle ne lui donne pas plus de vingt-cinq ans. C'est peut-être une étudiante. Peu importe, si elle sait la renseigner, ce sera très bien tout de même. Hannah ignore que cette femme travaille à l'hôpital de la ville depuis quelques temps seulement. Elle a seulement besoin d'en apprendre plus sur sa situation. Et notamment sur un point essentiel, celui de la santé de son bébé alors que les événements lui reviennent en mémoire peu à peu.

«- Que... que s'est-il passé ?» demande la demoiselle avec inquiétude alors qu'elle a beau sonder sa psyché, celle-ci ne peut rien lui délivrer au sujet des dernières heures qui viennent de s'écouler. «Mon bébé... mon bébé...» souffle-t-elle le regard hagard en fixant son regard sur cette femme, en quête de réponses à ses questions, alors qu'elle jette un regard à son ventre caché par le drap. Ce ventre moins tendu, plus flasque, sans qu'elle ne s'en soit encore aperçu, alors qu'il est libéré de la vie qui l'habitait jusqu'alors. «Comment va mon bébé ?» souffle Hannah sans réaliser l'exercice qu'elle demande à l'infirmière.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Sam 13 Oct - 19:22

La question tomba, abrupte et terrible et le cœur de Brünnhilde se figea au fond de sa poitrine. Le monde cessa de tourner pendant un très court instant tandis que la question de la patiente résonnait encore dans son esprit. « Comment va mon bébé ? » L'infirmière était pétrifiée par la stupeur, la colère et la gêne. Personne ne l'avait mise au courant. Aucun médecin n'était passée pour la prévenir. Ce n'était pas possible. Ce n'était pas à elle, une simple infirmière, absente au moment des faits, de lui apprendre la terrible nouvelle. Peut-être la malheureuse connaissait bel et bien le sort de son enfant mais détruite par l'annonce, incapable de supporter la terrible réalité, elle s'était murée dans un profond déni... Cela s'était déjà vu. Mais le résultat était le même. Elle attendait des nouvelles qui ne s'avéraient pas bonnes. Et c'était à la jeune rousse de porter ce terrible fardeau.

Elle entra un peu plus dans la pièce, la gorge sèche et le cœur battant à tout rompre jusque dans ses tempes. Elle baissa les yeux, cherchant vainement ses mots. Aucun d'entre eux n’allégeraient le poids de ce qu'elle s'apprêtait à annoncer. « Je suis désolée... » commença-t-elle, la voix tremblante. Elle restait plantée au milieu de la pièce, les mains jointes, le regard sincèrement navrée et un sourire triste sur les lèvres. Elle se décida à s'approcher et prit le parti de poser une main plus sûre sur l'épaule de la jeune patiente. Certains ne le supportaient pas. Certains ne supportaient pas qu'on s'afflige sur leur sort, certains ne supportaient ni le soutien ni la pitié. Hilde les comprenait et les laissait alors à leur chagrin. Mais de son côté, elle ne supportait pas quitter une pièce sans avoir fait son possible, sans avoir montré tout son soutien à celui ou celle qu'elle s'était promis d'aider. Ce matin, sa première patiente se nommait Hannah Kellerman et si une chute dans les escaliers l'avait gravement blessée, c'étaient sans aucun doute les mots de l'infirmière qui allaient prochainement lui briser le cœur.

Pendant de longues secondes, l'infirmière garda le silence, la main posée sur l'épaule de sa patiente. Ses excuses voulaient tout dire, en rajoutait aurait été inutile. Et pourtant, elle ressentit le besoin d'en rajouter. D'assurer à la jeune femme à quel point son petit bonhomme s'était battu. « Je suis sincèrement désolée, madame Kellerman. Votre petit garçon s'est battu de toutes ses forces et les ambulanciers ont fait de leur mieux mais... Quand vous êtes arrivée ici, il était déjà trop tard... Je... aucun mot n’allégera votre peine, j'en ai bien conscience. » Son esprit s'embruma tandis qu'elle parlait. Elle avait la sensation d'être un automate. Les mots s'enchaînaient sans qu'elle n'en ait la moindre conscience. Non, ce n'était vraiment pas à elle d'annoncer de telles horreurs. Un autre qu'elle aurait du le faire. Mais cet autre aurait-il montré plus d'affliction ? Sa main glissa sur celle de Hannah qu'elle avait laissé sur la couverture.


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Hannah Weissmann
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Dim 14 Oct - 2:17

Elle ne sait pas, elle ne sait pas encore le poids de sa question, le poids de son interrogation. Elle n'a pas connaissance des sentiments qui agitent alors le cœur de la demoiselle face à elle. Pas conscience de l'effet qu'on ses mots sur cette dernière, alors qu'Hannah ne pensait pas à mal. Elle ne parle qu'avec son inquiétude, qu'avec son cœur de mère. Une mère inquiète pour son enfant. Une mère qui a cet instinct de protection et place sur son ventre un bras protecteur, sans remarquer ce qui cloche sous sa tenue d’hôpital. La jeune femme pose cette question et fait l'effet de lancer une bombe à son interlocutrice, sans avoir conscience des ravages qu'elle provoque sur son passage. Elle n'était pas en mesure de l'apprendre plus tôt, totalement inconsciente sous l'effet du choc, puis se reposant. Aucun médecin  de l'hôpital ne l'avait vu éveillée pour lui apprendre la terrible nouvelle. Et peu importait qui allait le lui apprendre, l'annonce serait tout aussi terrible pour elle, qui que soit son informateur.

Alors que l'autre femme se dit désolé, Hannah ne comprend pas. Ou plutôt elle ne veut pas comprendre ce que ces mots veulent dire, elle ne veut pas comprendre qu'elle a perdu son enfant, comprendre qu'elle a échouée dans son rôle de mère. Qu'elle n'en est pas venue au bout. Hannah ne veut pas comprendre, parce que c'est trop douloureux pour elle, trop violent. Une nouvelle à laquelle elle ne s'était pas attendu. Pourtant peu à peu les mots de l'infirmière s’infiltrent dans l'esprit de la trentenaire et les larmes dévalent ses joues en un rien de temps alors qu'elle secoue négativement la tête en niant ce qu'elle vient d'entendre. Ce n'est tout bonnement pas possible. Elle laisse cette femme approcher, poser une main compatissante sur son épaule, alors qu'elle ne parvient toujours pas à croire les mots qu'elle a entendu. Et cette femme continu, après un petit moment.

«- C'était un petit garçon...»

Le cœur d'Hannah se brise alors qu'elle avait choisit de découvrir le sexe du bébé à la naissance, cette naissance que la vie, que son mari, lui avait volé. Et il croyait l'acheter avec des fleurs et une carte posés au pied de son lit ? Hannah se sent vide, incroyablement vide. Incroyablement morte, morte de l'intérieur. Et elle reste muette à pleurer un long moment, avant de tourner finalement sa tête vers l'infirmière.

«- Qu'est-ce qu'ils en ont fait ?»

Il n'aurait pas de nom, pas de baptême, comme s'il n'avait jamais existé. Il n'y aurait même pas de sépulture pour lui, elle le savait. Aux yeux de la loi, aux yeux de l'état, cet enfant n'existe pas. Et pour Hannah, il est tout son monde.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Sam 20 Oct - 20:46

Elle vit la jeune femme vaciller face à elle et elle comprit alors que cet enfant, elle en ignorait encore le sexe. Une vague d'émotion submergea alors Brünnhilde qui parvint malgré tout à n'en rien montrer. Elle ne devait pas craquer, c'était impensable. Pourtant après toutes ces années d'études, jamais elle n'avait connu pareille épreuve, même en trois mois aux urgences. Et cette épreuve, elle l'affrontait seule. Comment, du haut de ses vingt-cinq ans et de sa solide inexpérience pouvait-elle venir en aide à cette femme qui avait tout perdu en une seule nuit ? Elle sentait l'épaule tressaillir tandis que Hannah Kellerman pleurait son enfant à jamais disparu. Un long silence s'installa, l'infirmière ne souhaitant pas le briser. Elle estimait avoir déjà fait bien assez de mal de si bon matin. Mais lorsque sa patiente se tourna de nouveau vers elle, elle sentit son cœur se figer au fond de sa poitrine, manquant quelques battements tandis qu'une nouvelle question se formait sur les lèvres livides.

« Je l'ignore... » murmura-t-elle, presque interdite, serrant encore davantage la pression qu'elle maintenait sur l'épaule. « A la morgue, très probablement... » Elle n'osait en dire plus. Imaginer ce petit amas de chair, ce tout petit être, minuscule et fragile, emballé dans un sac au milieu de cette salle froide devait être à la limite du surmontable pour celle qui aurait du lui donner la vie. Non, ce n'était pas la meilleure façon de l'annoncer... Mais existait-il seulement une bonne façon d'annoncer une chose pareille ? « Je... Un médecin sera sans doute plus à même de vous répondre. Je peux faire appeler l'urgentiste, si vous le souhaitez... » Que ce supplice se termine, qu'une personne compétente prenne en charge cette pauvre femme. Brünnhilde, elle, se sentait impuissante et minable. Et pourtant, elle refusait de baisser les bras, refusait d'abandonner ce combat, cette patiente qui avait sans doute besoin qu'on la soutienne plutôt qu'on s’apitoie sur son sort.

« Madame Kellerman, je suis sincèrement désolée, croyez-moi. » répéta l'infirmière d'une voix faible, comme un aveu de faiblesse. « Cela ne ramènera pas ce que vous avez perdu et cela n'allègera pas votre peine, ce ne sont que des mots. Mais ils sont sincères. Si vous avez besoin de quoi que ce soit... J'aimerai me montrer plus utile mais... » Sa phrase resta en suspens. Il n'y avait rien à dire, rien à justifier. Le silence était sans aucun doute la meilleure des réponses une fois de plus. Les yeux de Brünnhilde se posèrent alors sur le sublime bouquet qui trônait sur la table de chevet. « Les visites ne débuteront que dans une petite heure. Mais je peux faire prévenir votre époux que vous êtes réveillée... Il en sera sans doute soulagé. » Ses doigts vinrent effleurer la carte qui trônait au milieu des pétales odorants. Un petit mot griffonné à la va-vite qu'elle tendit aussi tôt à la jeune femme. Un maigre réconfort mais au moins quelque part en dehors de cet hôpital quelqu'un pensait à elle, se disait l'infirmière, ignorant totalement que l'auteur de ce mot était seul responsable du drame qui s'était joué la nuit dernière. « Je vais vous laisser seule, à présent. Vous avez besoin de vous reposer. » Si elle s'écoutait, elle resterait pourtant dans cette pièce toute la journée. Elle n'avait aucune envie de laisser la malheureuse seule avec ses spectres. Mais c'était généralement ce qu'il convenait de dire. S'effacer doucement. Brünnhilde n'y était pas encore habituée, ce n'était pas sa  nature. « Je vais chercher l'urgentiste, lui dire que vous êtes revenue à vous. Et faire prévenir votre mari. » décida-t-elle alors en se relevant du lit sur lequel elle s'était assise sans même s'en rendre compte.


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Hannah Weissmann
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Dim 21 Oct - 4:24

Le monde d'Hannah s'effondre, en quelques mots, alors que cette femme lui annonce que son bébé n'est plus. Que c'était un petit garçon, qui s'est battu, mais qui n'a malheureusement pas survécut à l'accident de sa mère dans les escaliers. Au milieu des larmes, de la détresse, des suppliques pour que ce ne soit pas vrai, il y a quelques chose de plus fort qui naît en elle, de plus violent, que la simple tristesse, que la détresse immense qu'elle ressent dans l'immédiat. La jeune femme ressent de la haine. Une haine vive et sans nom pour son mari, alors que tout ceci est de sa faute, que c'est lui le responsable de l'accident et par conséquent le responsable de la mort de leur enfant. Et ce connard n'est même pas avec elle, dans cette chambre, ayant fait livrer un simple bouquet, un pauvre et minable bouquet. Quel fou peut croire qu'un bouquet pardonnera une chose pareille ? Hannah hurle sa détresse, en laissant mollement retomber sa tête sur l'oreiller. Ce n'était pas possible, elle était en plein cauchemar et quand elle se réveillerait elle serait chez elle et tout irait bien. Presque bien. Elle serait toujours marié à un connard mais son bébé serait vivant.. Mais tout est trop vrai dans cette chambre aseptisé, malheureusement.

Elle ne devrait pas poser cette question, elle n'a pas envie de savoir, elle n'a pas envie d'entendre cette réponse. Et quand Brünnhilde lui dit ce qu'ils ont fait de son bébé, un glapissement rauque, animal, échappe d'entre ses lèvres. Une colère sourde, vive, emplie tout son être et la jeune femme se redresse dans son lit, animée de toute la fureur du monde tout à coup. Un fureur contre elle même de ne pas être parti tant qu'il était temps, de ne pas avoir sauvé son enfant, de ne pas avoir été en mesure d'agir en mère. Et elle voudrait mourir, alors, comme si sa vie pouvait racheter celle de son bébé et lui permettre d'expier ses fautes. Elle aurait ce poids sur le cœur et sur les épaules pour toute son existence, elle le savait. Elle entend à peine cette femme proposer d'appeler l'urgentiste, une personne plus à même de lui expliquer ce qui était arrivé, alors qu'elle n'a pas encore eut l'occasion de voir un médecin avant cette jeune femme.

Alors que Brünnhilde essaie de faire plus, évoquant l'homme qu'a épousé Hannah, évoquant le fait qu'elle allait le faire prévenir, un éclat de rage passe dans le regard de la jeune femme et elle attrape le bras de la rousse, en secouant négativement la tête. Non, elle n'a aucunement l'intention que l'on prévienne son mari, aucune intention de le voir. La rage inonde son cœur. Le désespoir, aussi. Rien n'est plus fort à présent que cette haine vive envers lui, ce dégoût envers elle, cette envie d'en finir. Hannah n'a plus rien, plus rien qui nécessite qu'elle se batte. Mais à quoi bon empêcher cette femme d'aller chercher son mari ? Ce n'est que reculer pour mieux sauter, elle le verra forcément à un  moment ou un autre. Mais elle ne peut pas, pas maintenant.

«- Non. C'est de sa faute.» souffle-t-elle, en assumant sa détresse pour une fois. «C'est lui qui... » mais elle se coupe dans ses mots, ne parvenant pas à avouer que c'est son mari qui l'a poussé dans ces escaliers, que son mari la bat. On lui a apprit la retenu dans son monde et elle a été à bonne école.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Lun 22 Oct - 13:12

Brünnhilde se figea en entendant ses mots et telle une automate, après de longues secondes, se retourna vers la femme qu'elle s'apprêtait à laisser seule. Elle ne prononça aucune parole, muette d'horreur face au désespoir qui venait de prendre la chambre en otage. Sa patiente avait laissé sa phrase en suspens mais les mots étaient désormais inutiles pour comprendre l'abominable vérité. L'atmosphère était soudain devenue étouffante. L'infirmière était en proie à mille interrogations. C'était précisément un cas d'école, un cas sur lequel on lui aurait demandé de réfléchir pendant des heures durant ses études. Mais ses études lui semblaient désormais bien loin et ce cas-là était bien réelle. La mort de ce bébé et la détresse de cette femme, rien de tout ceci n'était accidentel. Que convenait-il de faire ? Elle le savait évidemment mais était-ce la bonne solution ? Pour le moment, elle avait la certitude que non.

Elle n'avait pas quitté la jolie rousse des yeux, cette femme dont les sanglots et la détresse avaient empli la pièce quelques minutes plus tôt et qui étaient à présent étrangement silencieuse. Seule une rage sourde brillait au fond de ses prunelles vertes. A quoi pensait-elle, il était difficile de le dire et Brünnhilde se trouvait plus impuissante encore que lorsqu'elle avait pénétré ici. Elle se tourna de nouveau devant la porte et se rendit compte qu'elle l'avait laissée ouverte à son arrivée. D'un pas lent mais déterminé, elle alla la refermer, emprisonnant pour l'instant ce sordide secret à l'intérieur de cette chambre.

« Madame Kellerman... Hannah... » commença-t-elle en se disant que la jeune femme devait souhaiter autre chose que d'entendre continuellement le nom de l'homme qui venait de briser sa vie à jamais. « Que s'est-il passé ? » Cette fois-ci, l'infirmière s'était assise sur le lit en connaissance de cause, l'idée de surplomber cette femme de toute sa hauteur ne lui était pas supportable. Et la main qu'elle posa contre son épaule était encore plus douce et bienveillante que quelques secondes plus tôt, si cela était possible. « Si c'est ce que vous souhaitez, tout ce que vous direz restera dans cette pièce. » Brünnhilde n'était pas certaine d'en avoir le droit mais à présent, le droit, elle s'en moquait un peu. « Nous ferons tout notre possible pour empêcher cet homme d'entrer. Vous avez besoin de repos, il nous sera facile de trouver une excuse. »

Cette femme venait de perdre son bébé, elle n'avait nullement besoin qu'on la tourmente davantage. Et tout à coup, l'infirmière prit conscience d'un point qu'elle avait écarté. Cette femme venait de perdre son bébé. Elle l'avait suffisamment étudié aussi pour savoir que de tels événements pouvaient vous bouleverser à jamais. Peut-être le mari n'y était pour rien. Peut-être y était-il pour quelque chose mais tout ceci n'était qu'un stupide et terrible accident... Non. Si tel était le cas, il n'aurait pas laissé sa femme monter seule dans cette ambulance. Un mari dévoré par la culpabilité ne laisse pas celle qu'il aime affronter seule une telle tragédie. Mais encore une fois, Brünnhilde se laissait aller à des suppositions, rien de plus. Pourtant, elle le savait, derrière ces mots et ces silences, il y avait une souffrance qui, elle, était bien réelle. Et elle ne pouvait la nier. « Hannah, je ne veux que vous aider. », conclut-elle d'une voix douce.


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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Mar 23 Oct - 4:03

Le monde d'Hannah s'effondre dans cette chambre d'hôpital et, au milieux de cette chambre, l'idée de voir son mari paraître lui est intolérable alors qu'elle n'est pas certaine de pouvoir le revoir un jour, sans avoir en elle cette envie profonde, mordante, dévorante de le tuer. Hannah Weissmann n'avait jamais plus envisagé l'homicide qu'à cet instant précis où on lui annonçait que son enfant n'est plus, qu'elle va devoir composer avec ce vide en elle, cette absence. Son bébé, son fils. A la morgue. Des propres mains de son père. Non, cette femme ne peut faire venir monsieur Kellerman. Hannah s'y refuse. Elle n'entend pas même la porte que cette femme ferme, pas plus qu'elle ne voit cette dernière se mouvoir. Pour Hannah, le temps et l'espace se sont suspendus et plus rien ne compte que ce mur qu'elle fixe sans même le voir, tandis qu'une scène macabre se joue devant ses yeux éteints. Jamais plus elle ne voulait voir Kellerman. Jamais plus elle ne voulait porter ce nom. En dépit de tout ce que sa famille lui avait toujours apprit, en dépit du contrôle, de la tenue, quelle se devait d'avoir, jamais elle n'avait, de sa vie, plus pensé au divorce que dans l'immédiat, tout en sachant pertinemment qu'il était trop tard pour prendre cette décision, qu'elle aurait dût avoir des mois auparavant, pour éviter ce drame, malheureusement. Mais comme toute femme battue, elle a supposé que les choses iraient bien, que les choses finiraient par s'arranger, que la mauvaise passe finirait par passer. Stupidités.

Elle sursaute en entendant que cette femme lui parle, l'appelant par son nom d'épouse, avant de se corriger pour utiliser le prénom d'Hannah. La jeune femme préfère, et ce même si sa mère lui dirait que c'est incorrect alors qu'aucunes présentation n'a été faîte. Peu importe. Dans ces chambre, les convenances de la société dans laquelle elle a toujours évolué viennent de devenir, elles aussi, responsable de la mort de son enfant, par ce silence qu'elles avaient imposés à la demoiselle pour ne pas faire de vagues, ne pas causer de tord, ni à sa famille, ni à celle de son mari, tandis que dans ce monde sordide, seules les apparences comptent. Sa mère n'approuverait pas non plus, qu'Hannah laisse cette infirmière être aussi tactile avec elle. Toute comme elle lui dirait qu'elle ne doit pas montrer ses faiblesses. Mais sa mère est morte depuis des années, alors Hannah relève la tête et croise finalement le regard de son interlocutrice, alors que cette dernière insiste d'une voie douce, en se disant prête à l'aider.

«- Nous étions... nous étions à l'étage. Il était tard. Il a eut une dure journée au travail et je... j'ai perdu l'équilibre.»

Hannah n'arrive pas à dire que l'homme a levé la main sur elle. Qu'elle a perdu l'équilibre parce qu'elle a reculé, de peur, en voulant le fuir. Dans sa chute, la jeune femme aurait put perdre la vie, elle aussi, elle le sait. Elle regrette que ce ne soit pas le cas, quand elle croise de nouveau le regard de l'infirmière. A croire qu'elle n'avait pas suffisamment souffert, encore, pour que le seigneur la rappelle à lui, quand elle avait l'impression pourtant d'avoir bien assez souffert pour toute une vie.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Dim 28 Oct - 20:40

Les mots s'entrechoquaient abruptement, chacun d'entre eux coûtaient à celle qui les prononçait et ils sortaient avec tant de peine que son récit en était décousu. Il était pourtant difficile de ne pas comprendre ce qu'ils laissaient entendre. Un frisson parcourut Brünnhilde tandis qu'elle fixait les traits tendus de sa patiente. La détresse qui s'y lisait était si profonde qu'elle vous arrachait les tripes. Et pourtant, une grande retenue semblait habiter cette femme. Tout n'était que non-dit. L'infirmière le savait, si elle rapportait un tel discours à ses supérieurs on lui répondrait automatiquement qu'elle divaguait et qu'il était dangereux d'aller à des suppositions aussi dramatiques. Nouvelle dans le service, jeune diplômée, on se moquerait sans doute gentiment d'elle. Elle en faisait trop, eux en avaient vu d'autres, il fallait qu'elle se détende si elle ne voulait pas que ce boulot la flingue. Elle s'y attendait, elle n'était pas dupe. Le récit de cette femme était trop décousu, trop minimaliste pour que les médecins y accordent la moindre importance. Mais Brünnhilde y croyait. Et cela lui tordait l'estomac.

Un lourd silence s'installa entre les deux jeunes femmes. Brünnhilde couvait sa patiente d'un regard désolé et compatissant. Cette femme était à peine plus âgée qu'elle et l'infirmière avait pourtant la sensation qu'elle avait déjà vécu bien des épreuves. Celle-ci était la plus douloureuse, sans aucun doute, mais combien l'avaient précédé ? De longues minutes s'écoulèrent, interminables. L'une comme l'autre semblaient incapables de briser ce silence qui s'étendait sur elles telle une chape de plomb. « Ce n'était pas la première fois, n'est-ce-pas ? » Question stupide, toute la souffrance de cette femme témoignait pour elle. Et cet homme se révélait suffisamment lâche pour laisser la femme qu'il ''aimait'' affronter un tel drame seul. Son soutien, factice et hypocrite, aurait sans doute été un supplice supplémentaire. Mais au moins aurait-il pu affronter ce qu'il avait fait. Au moins aurait-il pu faire face à la mort de l'enfant qu'elle portait. Son enfant. Mais il n'était même pas assez courageux pour cela. Une vague de haine, une haine sourde et vaine, s'empara brièvement de Brünnhilde.

Un coup frappé à la porte fit sursauter l'infirmière qui se redressa brusquement pour aller accueillir sa collègue qui se tenait désormais dans l'embrasure. « Monsieur Kellerman vient d'arriver. Tu as terminé ? » Après l'affliction, la détresse puis la rage, ce fut la panique qui s'empara de la jeune femme. Non. Pas maintenant. Il afficherait un sourire factice, une mine affligée de circonstance mais tout ceci ne serait que feint. Et sa femme ? Et Hannah ? Méritait-elle pareil tourment ? Une nouvelle fois, une petite voix s'infiltra dans son esprit. Elle n'avait aucune preuve, la patiente ne lui avait rien révélé. Mais elle avait été catégorique. Elle ne voulait pas le voir. Il fallait gagner du temps. Sans même se retourner vers Hannah, sans même attendre son aval, elle prit les devants. « Je viens de lui donner ses calmants. Elle ne va pas tarder à retomber. Et elle a besoin de repos. Monsieur Kellerman le comprendra sans aucun doute. Tu...tu veux bien t'en occuper ? » Elle craignait que sa collègue l'oblige à aller s'en charger mais elle se contenta de jeter un œil en direction de la jeune femme au teint cireux et aux cheveux roux qui se tenait dans le lit avant de faire demi-tour. Brünnhilde referma la porte en soupirant.


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Hannah Weissmann
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Lun 29 Oct - 1:17

La jeune femme n'ose pas parler, elle a trop d'éducation patriarcale pour cela, trop d'entraves, trop de barrières, des barrières d'un mon violent à l'égard des femmes. Un monde qui n'était pas fait pour elle et qui se couche sur leurs états d'âme, qui leur apprend à sourire pour masquer les sévices qu'un mari leur fait subir. Et elle applique ces codes, ces lois, encore, au milieu de cette chambre d'hôpital où elle a l'impression d'avoir tout perdu. Parce qu'elle a vraiment tout perdu, ne fin de compte, dans cette sinistre soirée, dans cette chambre épurée. Et pourtant elle ne peut pas dire qu'elle soit surprise tant finalement ce n'est que la suite dramatique mais logique de ce qu'elle vit depuis des années. Mais Hannah a envie de hurler, besoin de hurler, dans sa situation, alors qu'elle n'ose pas croire que tout ça soit réel. Et pourtant. Ella perdu son enfant, c'est aussi simple que cela. Elle n'est plus qu'une coquille vide, sans amour, sans vie.  Et elle voudrait mourir, elle voudrait vraiment mourir. Que tout cesse, enfin. Se retirer de ce monde dignement, en ayant déjà bien trop vécut pour ses jeunes années.

Elle n'arrive pas à répondre à la question de son interlocutrice et baisse la tête. Non, ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait, mais comment le dire, quand on lui a toujours apprit à se taire, à préserver son mari, à rester digne de la bourgeoisie qui l'a vu naître et qui brise les femmes, les formates, au bon vouloir des hommes ? Pourtant elle finit par relever la tête et croise le regard de l'infirmière, avant de se décider à murmurer ce seul mot, qui lui coûte pourtant, alors qu'il lui donne l'impression de cracher sur ce en quoi elle a toujours cru, les règles qu'elle a toujours suivit.

"- Non."

Non, ce n'était pas la première fois. Mais elle n'a pas le temps d'être plus interrogée qu'elles sont coupées et elle entend que son mari est ici. Elle panique et ne peut pas le voir, pas aujourd'hui. Ni maintenant ni plus jamais à vrai dire. Il demandera pardon, mais comment le pardonner quand il ne cesse de l'envoyer à l'hôpital ? Quand il a prit la vie de leur enfant ? Elle panique. Mais l'infirmière prend la situation en main et Hannah se laisse retomber sur ses oreilles en fixant le plafond, les larmes recommençant à couler le long de ses joues.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Mer 14 Nov - 16:13

Sa collègue éloignée, l'infirmière se dirigea à nouveau vers sa patiente. Elle s'était allongée, comme résignée par sa situation, incapable de lutter face à cette vie qui était la sienne depuis sans doute des années. Elle était pourtant jeune, à peine plus âgée que Brünnhilde certainement. Et pourtant lorsqu'on posait les yeux sur son visage désormais strié de larmes silencieuses, on avait la sensation désagréable qu'elle avait déjà vécu cent vies. Ces larmes bouleversèrent la rouquine jusqu'aux tripes. Elle n'était aux urgences que depuis peu et n'avait pas encore la carapace suffisante pour affronter les drames qui s'y jouaient. Ses collègues le lui disaient pourtant bien assez souvent, mi-résignés, mi-dépités. Elle s'y habituerait. Fatalement. Mais ce matin-là, cette femme qui avait croisé sa route la bouleversait plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Sa détresse était si prégnante qu'elle emplissait la pièce. Et pourtant, ce fardeau, elle était incapable de le partager, incapable de s'en débarrasser. Il l'étouffait peu à peu tandis que les larmes continuaient d'inonder ses joues.

« Je suis sincèrement désolée » reprit-elle alors. Bon sang, elle avait l'impression de ne répéter que cela. C'était d'un naïf et d'un inutile... Sa pitié et sa compassion, cette malheureuse n'en avait que faire. A croire qu'on ne lui avait rien appris lors de ses études. « J'ai fait ce que j'ai pu mais je doute que cela l'éloigne suffisamment... » Elle devrait repartir, elle avait encore du travail. Le regard de sa collègue avant de partir en disait long. Elle la croyait sans doute chaudement planquée dans la chambre d'une patiente pendant que tout le monde trimait... C'était bien mal la connaître. Elle était tiraillée entre son boulot, ce pour quoi on la payait, et ce qu'elle pensait être de son devoir. Deux choses parfois très distinctes. Elle n'avait pas envie de partir, craignait que sitôt la chambre libérée quelqu'un d'autre prenne le relais pour y introduire l'abominable mari. Mais si elle commençait à retourner tout le service pour « ça », on lui rirait sans doute au nez. Après tout Hannah n'avait rien dit de tangible et s'était contenté de pleurer et de hocher la tête la plupart du temps. On avait connu mieux comme preuve de culpabilité... Mais une chose était certaine, brisée par la perte de son enfant, abattue et profondément désespérée, cette femme n'avait visiblement aucune envie de voir son époux. Et face à une telle épreuve, ce refus catégorique valait tous les aveux du monde.

« Hannah, je n'ai pas fait grand chose et malheureusement je ne pourrais rien faire de plus à l'heure actuelle... Je veux dire... Rien ne lui interdit de vous voir et... rien ne m'autorise à l'empêcher de le faire... Avez-vous déjà parlé à quelqu'un de tout ceci ? » Brünnhilde était troublée, elle peinait à cerner les limites dans toutes cette histoire... En insistant ainsi peut-être dépassait-elle déjà les bornes... A moins qu'il faille aller plus loin, elle l'ignorait. Mais le pire dans tout ça, le plus terrible et le plus injuste c'est que cette femme avait sans doute bien autre chose en tête que ce misérable qui venait de détruire sa vie à jamais.


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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Jeu 15 Nov - 21:57

Hannah a peur, si peur et dans un même temps elle ressent tant de colère, en elle, que ça en est indescriptible. Elle ne peut pas voir son mari, elle ne veut pas le voir, ce n'est pas possible. Hannah ne peut pas subir cela, on ne peut pas la forcer à le voir, on ne peut pas le laisser passer. Elle refuse, catégoriquement. Mais son interlocutrice semble ne pas avoir besoin qu'Hannah s'exprime pour comprendre qu'il faut éviter cette rencontre. Alors elle fait ce qu'elle peut, même si ce n'est que partie remise, quand on l'informe que l'époux Kellerman ne devrait pas tarder à arriver. Hannah reste cloîtrée dans son mutisme pendant cet échange, incapable de parler alors que les émotions la submergent par salves. L'envie de pleurer est encore là, bien présente. L'envie de hurler déchire sa gorge, tandis qu'elle s'en abstient à grande peine. Hannah est malheureuse, Hannah va mal et comment pourrait-il en être autrement, avec l'horreur de ce qu'elle vient d'apprendre ? Comment pourrait-elle aller bien, alors que le sort s'acharne sur elle ? Jamais dans sa jeunesse la jolie rousse n'avait imaginé que le mariage pouvait être un tel poison. Jamais elle n'avait pensé qu'elle pourrait ressentir pareille douleur. Elle pensait avoir déjà connu le pire de l'homme, elle était finalement loin du compte et venait tout juste de s'en apercevoir, dans cette chambre blanche, froide.

La jeune femme n'accorde pas un regard à la femme qui revient vers elle et qui pourtant lui donne toute son attention, quand elle doit probablement aller voir d'autres patients. Hannah a trop mal pour parler et son esprit est comme embué, elle se sent... elle ne saurait pas même définir l'enfer qu'elle est en train de vivre et qui la ronge, dans l'immédiat. La demoiselle a mal comme il n'est pas perdit d'avoir mal. Elle voudrait sangloter encore, être seule, être débarrassée de son mari. Et pourtant, elle sait. Elle sait, comme le dit cette femme, qu'elle va devoir le voir, que personne ne va pouvoir empêcher cela, que l'épouse n'aura pas d'autres choix que de voir son mari à un moment ou à un autre. Et à ce moment là, alors, que fera-t-elle donc ? Que fera-t-elle face à lui, alors qu'elle se sent si détruite ? Hannah n'est pas sûre d'avoir ne serait ce que la force de hurler, de se rebeller, quand l'homme viendra.

Hannah a-t-elle parlé de ses ennuis à quelqu'un ? Bien sûr que non. Dans le monde d'où elle vient, une femme se tait. Elle garde sa dignité et cache ses souffrances derrière un masque imperméable qu'elle ne parvient plus à maintenant aujourd'hui, qui l'étouffe et qui l'étrangle, face à l'explosion de son cœur. Elle n'en peut plus de tout ça, de ce monde qui fait de sa vie un tel enfers.

«- Non, je n'en ai jamais parlé.» avoue finalement la jeune femme.

A quoi bon mentir ? Elle se sent au bout du rouleau dans son existence et sauver les apparences ne lui importe plus, maintenant que cette femme sait, de toute façon. Les choses sont difficiles pour Hannah, elle cherche ses mots sans forcément les trouver.

«- Disons que... on m'a toujours apprit à... à.. vous savez à... à être discrète. Ne pas... faire de scandale. Attirer l'attention..» confesse-t-elle.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Mar 20 Nov - 18:42

Toute cette histoire lui retournait les tripes. Les confessions de la jeune femme se faisaient par bribes mais chaque nouvelle révélation était une lame dans le cœur de Brünnhilde. Trop sentimentale diraient certains. Trop impliquée diraient d'autres. Mais elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas comment on pouvait garder pour soi un tel secret. Comment on pouvait vivre et donner le change pendant des années et ne rien laisser transparaître de l'enfer que l'on vit au quotidien. Comment était-ce humainement possible ? Elle repensait à son père qui s'était laissé sombrer voilà maintenant près de quinze ans. Cette femme aurait eu toutes les raisons de le faire aussi. Et elle n'en avait rien fait. Ne pas faire scandale... Ne pas attirer l'attention... Se montrer discrète... Mais quel genre de parents pouvait élever ses enfants de la sorte ? En les poussant à se cacher, à ne rien dire ? Un frisson la parcourut. Ses parents, sa famille... Eux aussi devaient côtoyer cet homme. Soupçonnaient-ils seulement les drames qui se déroulaient chez le couple une fois la porte refermée ? Elle espérait bien que non... S'ils soupçonnaient sans rien faire c'était... Non, ils n'en savaient rien, évidemment...

Et elle ? Elle savait à présent... Et que devait-elle faire ? Elle n'était pas encore au fait avec ce genre de procédures... Oui, elle les avait vu en classe, elle les avait brièvement étudiées mais tout ce côté administratif ne l'avait jamais beaucoup passionnée et elle n'en retenait que peu de choses... Et vivre une chose pareille sur le terrain était bien bien différent de ce qu'elle avait eu l'occasion de voir lors de ses cours. « Ce que vous venez de me révéler, je ne suis pas en droit de le révéler à qui que ce soit. » commença-t-elle pour rassurer la jeune femme. Révéler un tel secret, après tant d'années devait être particulièrement difficile. On ne se lançait pas dans pareille aventure pour le voir s'éventer à chaque coin de rue. « Mais, vous... Vous, vous le pouvez Hannah. D'autres que moi seront bien plus qualifiés pour vous venir en aide. » Quelle horreur, elle avait la sensation de botter en touche alors que c'était loin d'être le cas. Elle ne cherchait qu'à lui venir en aide, à la soutenir, à la sortir de ce cauchemar qu'était devenue son existence. Mais quels pouvoirs avait-elle pour accomplir une telle chose ?

« Je vais vous aider si vous le souhaitez. Du mieux que je le pourrais, croyez moi. Je suis prête à vous écouter et à vous soutenir si c'est de cela que vous avez besoin mais... » Elle s'arrêta un instant, cherchant ses mots. « Je ne veux pas vous accabler Hannah, loin de là. Mais cet homme... Il... Ça ne ramènera pas votre bébé mais vous devez aussi penser à vous... Que se passera-t-il lorsque vous sortirez ? Je peux l'éloigner de cette chambre pour un temps mais c'est bien tout ce qui me sera possible de faire. Il vous faut penser à vous maintenant. Plus que jamais. » A défaut de penser à votre enfant, songea la jeune femme amèrement. Ce bébé aurait peut-être pu changer la donne. Cette femme aurait peut-être eu la force de se battre pour son enfant... Mais à présent... Pour qui, pour quoi devait-elle se battre ?


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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Mer 21 Nov - 13:26

Hannah n'avait jamais parlé. Dans son monde, ce genre de choses étaient mal vues. Une femme devait un certain respect à son mari, encore, malgré l'époque et ne pouvait abandonner son devoir de réserve. Elle n'avait rien dit parce que le monde bourgeois était encore bien arriéré, figé dans le passé par moments, notamment sur la question des femmes et elle avait hérité, alors, de cette pudeur, qui l'empêchait de confier ses tourments à quiconque. Alors elle se raidit quelques peu lorsque cette femme lui propose de parler, disant qu'elle avait le pouvoir de faire bouger les choses, si elle trouvait le courage d'évoquer publiquement ce qu'elle subissait. Hananh ne sait pas, se sent perdu. Pour l'heure la douleur qui étreint son cœur est trop vive pour lui permettre de faire quoi que ce soit. La jeune femme a mal, si mal. Et cette femme a pourtant raison, il va lui falloir rentrer à la maison, affronter son mari de nouveau, subir ses colères et ses coups, comme avant. Elle se doit de parti, de changer de vie, de trouver une solution. Mais ce n'est pas si facile à faire qu'on pourrait le croire. Partir c'est reconnaître que l'on s'est trompé, c'est admettre que l'on a mal, montrer à la face du monde que l'on est une victime et c'est surtout décevoir ses proches, sa famille. Hannah est perdue et se sent si faible, si petite, face au pouvoir de son mari sur elle.

«- Je...»

Et pourquoi ne rien dire, pourquoi le défendre, à ne pas le dénoncer, à le laisser continuer de vivre sans être inquiété ? Hannah ne comprend pas ce qui lui arrive, et personne autour d'elle ne doit comprendre pourquoi elle ne parle pas, parmi les rares qui savent, les rares qui ont comprit ce qu'elle a subit. Ils sont rares, mais pas inexistants. Pourquoi ne rien dire, elle ne le sait peut-être pas elle-même, si ce n'est en raison de cette éducation qu'elle a reçu, qui reste ancré en elle, qui continu de marquer sa vie.

«- C'est difficile...»

Et contraire à tout ce en quoi elle a toujours été contrainte de croire. Ce qui ne l'aide pas à se faire violence pour parler. Et puis, elle a probablement peur de voir sa vie étalée dans un tribunal, dans le cadre de son hypothétique divorce.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Dim 2 Déc - 14:39

C'était difficile répondait-elle et Brünnhilde pouvait le croire sans effort. Il suffisait de voir le visage de cette femme, ses traits sur lesquels on pouvait déceler tous ses tourments et surtout tout ce combat intérieur qu'elle menait sans doute plus contre elle-même que contre son véritable bourreau. « Je comprends... » se contenta-t-elle de répondre. Après tout elle savait ce que c'était que d'être sous l'emprise d'un homme sans être capable de s'en détacher. Même si son histoire était bien différente. Jamais il n'avait levé la main sur elle, il l'aimait à sa manière malgré ce que ses proches pouvaient en dire. C'était davantage la façon dont cela s'était terminé qui l'avait marquée. Sans un mot, sans un au revoir, sans une explication. Du jour au lendemain. Lorsqu'elle osait encore prononcer son nom, on lui martelait qu'il s'était servi d'elle durant toutes ses années et qu'il était mieux là où il se trouvait à savoir loin d'elle, et surtout qu'elle méritait mieux. Cette histoire l'avait brisée au point de mettre en péril son avenir professionnel et de remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Elle avait mis du temps à remonter la pente et voilà qu'à présent le destin plaçait sur sa route une femme dont les tourments et les blessures étaient encore plus terrible que les siennes. Quelle ironie...

« Je sais à quel point cela peut être difficile. Je comprends votre situation Hannah. Je ne peux rien faire si ce n'est vous apporter mon soutien. Qu'elle que soit votre décision. » Elle ne pouvait pas la forcer à mettre en place de telles démarches. Qui était-elle après tout si ce n'était une parfaite inconnue qui débarquait dans cette chambre et qui croyait pouvoir chambouler la paisible petite vie bourgeoise de ce couple ? Car c'était probablement ce que les apparences laissaient entendre. Et les apparences avaient souvent la vie dure. Cette décision, elle avait raison, elle ne pouvait pas la prendre à la place de cette femme. Peu importe ce qu'on venait de lui révéler, tant qu'Hannah n'était pas prête à faire le premier pas, l'infirmière était contrainte au silence. Mais elle le savait, le jour où ce monstre donnerait le coup de trop jamais elle ne pourrait se pardonner d'avoir garder ce sordide secret. Elle aurait alors les mains tachées du même sang que lui. Un frisson la parcourut alors. Ne pense pas au pire, arrête...

On entra dans la chambre avec fracas sans même s'annoncer. Un sursaut secoua Brünnhilde qui se releva précipitamment. Elle s'attendait à voir le mari mais ne croisa que sa chef de service. Une infirmière d'ordinaire chaleureuse mais qui pouvait aussi se montrer particulièrement stricte. Elle jeta un regard noir en direction de sa jeune collègue qui sentit le rouge lui monter aux joues. « Il y a un problème Hilde ? Tu as encore des chambres à faire je crois. » L'infirmière était confuse et se sentait prise entre deux feux. Sa conscience professionnelle et sa conscience personnelle qui semblaient ne pas vouloir s'entendre. « J'arrive, je me dépêche. Madame Kellerman ne se sentait pas très bien, je n'ai fait que vérifier sa tension. » Après les calmants, la tension... Elle se mordit la lèvre d'inventer des mensonges aussi stupides. La chef tourna les talons, non sans avoir lancé un dernier regard noir en direction de Brünnhilde qu'elle prenait à présent pour une fumiste. Trois mois foutus en l'air. Elle allait devoir faire sérieusement ses preuves et redoubler d'efforts. Cela ne lui faisait pas peur bien au contraire.

Elle s'empara alors d'un morceau de papier et d'un stylo qui traînaient toujours dans la poche de sa blouse et s'empressa de griffonner quelques lignes qu'elle présenta ensuite à la jeune femme. « Vous trouverez mon numéro ainsi que celui d'un très bon psychologue. Après ce qui vient de se passer, le médecin vous conseillera sûrement de consulter un praticien, celui-ci est très professionnel. » Elle s'arrêta un instant avant d'énoncer le dernier numéro. Là où juste au dessus, elle avait noté son propre nom et celui du médecin, elle n'avait noté cette fois-ci que le numéro de téléphone. « C'est une...association... N'hésitez pas à les contacter si vous le souhaitez. Ils répondront sans doute mieux que moi à vos inquiétudes ou vos questions. Je vais essayer de repasser vous voir dans une heure ou deux. Ça va aller ? » Elle s'en voulait de l'abandonner ainsi mais elle n'avait d'autre choix.


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Hannah Weissmann
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Dim 2 Déc - 16:07

Elle est perdue, perdue dans son monde Hannah et plus rien ne compte dans l'état où elle est. Elle entend à peine ce qu'on lui dit, elle écoute à peine les mots de Brünnhilde. Elle est dans sa bulle, comme pour survivre aux événements qu'elle doit affronter, alors que sa vie chamboulée lui fait l'effet d'avoir explosé. Jamais la situation ne lui a semblé plus dramatique que maintenant et cet homme qu'elle a un jour prit pour le prince charmant lui a tout prit, maintenant. Elle a peur, au fond d'elle, elle n'ose pas penser à ce qu'elle va bien pouvoir endurer dans les semaines qui viennent. Son mari est encore capable de lui remettre la faute sur le dos, de s'en prendre à elle. Et Hannah n'a pas la force de lutter, elle ne l'a plus. Elle se sent si faible dans ce lit d'hôpital, si fragile. Elle fixe le mur qui lui fait face et se coupe du monde. Brünnhilde a beau lui dire comme elle sait que c'est difficile, pour Hannah ce ne sont que des mots et elle a cette impression que personne ne peut comprendre sa situation, à moins d'avoir connu la même chose. Les violences conjugales. La perte d'un enfant. Tout ça permet de comprendre mais si on ne l'a pas vécut soit-même, la jeune femme doute que l'on puisse comprendre toute l'horreur de la situation, toute la difficulté de celle-ci et le vide, ce vide immense qui vous consume quand vous avez tout perdu, jusqu'au bonheur.

Alors qu'on vient chercher Brünnhilde, la jeune femme n'a toujours pas parlé, restant muette en fixant obstinément ce mur, pour ne pas avoir à dire à l'infirmière que non, elle ne peut pas comprendre. Comme la plupart des gens au fond du trou, on a toujours cette impression que les autres n'ont pas ce même bagage, qu'ils n'ont pas connu quelque chose d'aussi lourd que nous pour nous comprendre. On a cette sensation d'être seul, dans le fond et cette envie de répondre aux gens qu'on l'est, de leur crier qu'ils ne peuvent pas comprendre.

Elle prend le morceau de papier que lui donne l'infirmière et qui l'informe qu'elle lui donne son numéro de téléphone, ainsi que celui d'un psychologue, le docteur Nowak. Elle hoche la tête d'un air distrait. Ce qui vient de se passer, c'est comme ça qu'ils appellent ce drame, dans un hopital ? C'est comme ça qu'ils appellent la détresse d'une mère qui vient de perdre son enfant ? Ce qui vient de se passer. Hannah reste scotchée sur place et ne dit toujours rien. Une association, une association de quoi ? Elle lève la tête vers cette femme. Ses questions ? Elle ne l'interroge pourtant pas sur ce que cette fille veut dire. Elle se contente d'acquiescer d'un signe de la tête, pour dire qu'elle a comprit.

Est-ce que ça va aller ? Non, non ça ne va pas aller, ça n'ira plus jamais. Hannah se sent perdue, perdue dans son monde et elle s'y enferme d'autant plus qu'elle n'a aucune envie de se mêler pour l'heure au monde qui l'entoure. A ce monde où, dans d'autres chambres de cet hôpital, des mères en larmes accueillent à bras ouverts un enfant, se délectant de leurs cris de nourrissons tout juste sortis de leur cocon protecteur. Hannah se coupe de tout ceci, en laissant l'infirmière sortir et elle repose sa tête sur les oreillers, en quête d'un peu de repos, alors que son esprit ne cesse de se torturer, de la tourmenter, de refaire le scénario du drame. Elle culpabilise, Hannah, elle culpabilise d'être resté, de ne pas avoir été une bonne mère, de ne pas avoir été protectrice, de ne pas avoir sauvé son enfant, de l'avoir tué, à sa façon.


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Brünnhilde Jansen
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   Lun 3 Déc - 18:22

La jeune femme ne trouva rien à lui répondre et pour une fois Brünnhilde respecta son silence. En une nuit sa vie venait d'être détruite et elle venait par la même occasion de se libérer d'un fardeau qu'elle portait seule depuis trop longtemps. C'était beaucoup à encaisser, beaucoup trop sans doute. Et voilà qu'elle venait d'être abreuvée d'informations dont elle ne devait faire que peu de cas. Il fallait lui laisser le temps et surtout elle devait se reposer. C'était précisément ce que l'infirmière lui avait suggéré lorsqu'elle était entrée dans cette chambre il y a maintenant plus d'une demie heure. Finalement l'intervention de sa cadre était peut-être une bonne chose, il était temps pour elle de s'effacer. « Je vous laisse. » se contenta-t-elle de dire d'une voix douce, à peine audible tandis qu'elle pressait le bras d'Hannah avec une bienveillance sincère. Elle tourna ensuite le dos au lit pour se diriger vers la porte de la chambre.

Sitôt dans le couloir elle fut happée par l'animation qui y régnait. L'hôpital était resté à son état de fourmilière. On se pressait, on courait, on criait. Les chariots se croisaient tandis qu'on entendait la sonnerie d'alarme de quelques chambres. Elle s'était éloignée de ce monde à peine trente minutes et il n'avait pas changé. Mais derrière cette porte, derrière ce mur se cachait une détresse alarmante qui vous laissait démuni et impuissant. Et personne n'y prenait garde. Tous l'ignoraient. Brünnhilde devait à présent rentrer de nouveau dans le tourbillon frénétique qu'était la vie hospitalière. Elle avança dans ce couloir telle une automate sans avoir conscience ni des silhouettes qu'elle croisait ni des voix qu'elle entendait. Elle ne voyait que le visage dévasté de cette femme et n'entendait que son silence assourdissant. Deux collègues la fixèrent avec un mélange de suspicion et d'inquiétude et elle comprit aussitôt qu'elle devait être aussi blême qu'elle l'imaginait. Elle se retournait sur chaque type qu'elle croisait, se demandant s'il s'agissait de lui. Elle continua de traverser le couloir sans se soucier de quoi que ce soit, sans avoir conscience de ce qui pouvait l'entourer. Les visages étaient aussi indistincts que les voix. Ses pas la menèrent alors jusqu'aux toilettes du service où elle se rua pour s'enfermer à double tour. Elle se laissa alors glisser contre la porte et pleura à chaude larmes. Elle étouffait ses sanglots du mieux qu'elle pouvait et était prise de spasmes tandis qu'elle cherchait de l'air.

Elle se sentait ridicule. Ridicule de tout prendre à cœur de la sort. Ridicule d'avoir fait sienne cette détresse dont elle ne connaissait finalement rien. Ridicule de s'être laissé aller à ce point. Ridicule de se montrer si égocentrique. Cette femme n'avait presque pas versé une larme et elle, elle pleurait comme une gosse. C'était justement la résignation de cette femme, sa détresse absolue au point de ne plus avoir envie de se battre qui la chamboulait. Les pleurs réprimés finirent par se faire entendre à l'aide d'un hoquet bruyant qui la poussa à ouvrir le robinet pour laisser le bruit de l'eau masquer ses sanglots. Elle s'aspergea le visage d'eau froide et finit par jeter un coup d’œil dans le miroir. Sa vie était désormais ainsi faite, elle recevrait chaque jour la détresse des gens en plein visage. Et chaque jour elle devrait se montrer plus forte que la veille. Au risque de noyer.


it's a quarter past midnight but we're just getting going + We keep on running Running through a red light Like we're trying to burn the night away
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MessageSujet: Re: Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre   

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Brünnhilde ♔ Un monde qui s'effondre
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